Ekta Parishad
JAN SATYAGRAHA: Une Marche pour la justice, le droit à l’alimentation, à la terre, à l’eau, aux semences, aux forêts
Organisée en Inde d’octobre 2011 à octobre 2012 par le mouvement Ekta Parishad, la marche non-violente pour la justice Jan Satyagraha a été une action forte et emblématique. Elle a rassemblé, dans sa dernière étape en octobre 2012, 45 000 pauvres, paysans sans terre, tribaux et Intouchables qui ont marché pendant 15 jours, pour faire valoir leurs droits aux ressources vitales et à une vie dans la dignité.
Cette marche a été une opportunité historique de mettre en lumière les questions fondamentales de justice sociale et économique: partage des richesses, accès aux ressources naturelles, souveraineté alimentaire, dettes des pays pauvres, place des plus démunis dans nos sociétés, rôle des femmes, mais aussi démocratie participative, responsabilités des sociétés multinationales et du système financier international, choix d’un modèle de vie et de développement durable et équitable pour tous. Il ne s’agit pas d’assister les populations en situation de misère, mais de reconnaître leurs droits aux ressources indispensables à la vie, de permettre leur travail et favoriser leur initiative.
Globalisons la solidarité
Nous invitons les citoyens et les organisations de la société civile à s'informer sur cette marche de toutes les manières possibles, et à revendiquer, de manière déterminée et pacifique, auprès des instances internationales (ONU, FAO, OMC, Union européenne, OCDE, G 20, Banque mondiale, etc.), le droit d’accès des populations locales aux ressources naturelles (terre, eau, semences, forêts, etc.), ce qui implique le respect des législations existantes et leur renforcement par des mécanismes de régulation et de contrôle. Pareillement, en droit international, le droit à la souveraineté alimentaire doit être reconnu comme supérieur aux droits du commerce et de l’investissement.
Sur tous les continents, il importe de globaliser la solidarité. En 2012, nous avons appelé les citoyens àorganiser des actions non-violentes simultanées et concertées (marches, sit-in, chaînes humaines, moments de silence, concerts, etc.) en lien avec la marche indienne pour la justice, particulièrement entre le 2 octobre (journée internationale de la non-violence) et le 17 octobre (journée internationale de lutte contre la misère).
Le problème des Sans-terre est assez récent dans son ampleur. Ce sont des gens qui sont mis en prison, molestés, méprisés parfois assassinés tout simplement parce qu’ils gênent.
Il y a encore cinquante années, ils vivaient sur leurs terres, hérités de leurs ancêtres, la plupart étant des tribaux qu'ils soient Amérindiens, Africains ou Indiens d’Inde. Ils récoltaient ce dont ils avaient besoin, au jour le jour, sans accaparer la terre dont ils disaient dépendre et qu’ils nommaient avec un immense respect la Terre-Mère.
Avec nos gros sabots, nous, les Occidentaux sommes arrivés avec notre civilisation dominatrice, agressive et argentée.
A la fin de la colonisation, les Etats, et en particulier l’Inde, ont décrété que la terre leur appartenait, ce qui semble logique car l’ensemble du pays appartient à tous. En Inde, par contre ceux qui avaient des actes de propriété ont pu rentrer dans leur droit immédiatement.
Les autres, la plupart analphabètes, ignorant l’idée même de propriété ne réclamèrent rien, et tout rentra dans l’ordre, puisque l’Etat ne manifestait aucune intention d’accaparement.
Dans des années 80-90, celui-ci commença à réquisitionner des terres pour les grands travaux d’industrialisation menés par lui-même et très vite il dut aussi satisfaire les besoins d’alimentation en énergie (barrage), le développement touristique (parcs nationaux pour tigres et éléphants), les infrastructures (autoroutes, aéroports), puis ce fut l’immense invasion des multinationales avides de terres, d’eau, d’espaces, de forêts et de minerai à transformer.
Ainsi les conflits se sont multipliés entre ceux qui vivaient sur leurs terres ancestrales (mais sans actes de propriété) et l’Etat ou les sociétés qui bénéficiaient de ces ressources.
Soumis pour beaucoup à la fatalité de Karma, les pauvres (adivasis, intouchables, etc) par millions se terrèrent et acceptèrent ces conditions inhumaines se regroupant en bidonvilles dans les énormes métropoles à mendier, errer et survivre. D’autres, par contre, prirent le chemin de la clandestinité, poussés par des mouvements violents, armés, très vite récupérés par les mafias locales, parmi lesquels les Naxalites (sans aucun jugement à leur égard).
Il y a plus de vingt ans des hommes comme Rajagopal, bravant les codes et les us traditionnels leur dirent que le karma avait bon dos et que s’ils vivaient une vie indigne s’était à mettre au compte de la rapacité des hommes, de l’injustice d’un système basé sur l’avidité, la domination et la peur.
Ce fut long, car une société ne bouge pas rapidement, cependant ce sont les fils des premiers avertis par Rajagopal qui acceptèrent le défi. Après de multiples tentatives depuis les années 2000, une grande marche fut décidée de Gwalior à Delhi sur 300 kms avec 25000 sans-terre, tous, enfants, femmes, jeunes et moins jeunes, formés à l’action non-violente. Et durant ce mois de marche en octobre 2007, ils ont réclamé leurs droits à une vie digne et le respect pour eux et ceux qu’ils représentaient. Debout, en marche, sans mépris et sans haine mais de façon déterminée ils obtinrent dès janvier 2008 la pleine récompense de leurs actions.
En effet le Congrès et tous les parlementaires acceptèrent le plan de modification du droit rural d’Ekta Parishad (syndicat "Forum Uni") qui représente un triomphe de l’action non-violente.
Mais rien n’est simple en Inde, les lois sur l’abolition des castes datent de 1947 et rien n’a vraiment changé surtout dans le monde rural où la culture hindoue est partout présente. Les nouvelles lois sur le droit rural ne sont pas appliquées et ne sont pas prêtes à l’être. Ainsi il fut décidé aussitôt de remettre en route une marche avec une apothéose en octobre 2012. Rajagopal et les 12000 personnes qu’il a formées se sont déplacés de villages en villages à travers tout le pays pour mobiliser les miséreux injustement traités, puis 45.000 d’entre eux ont marché sur Delhi en octobre 2012. Nous avons proposé en outre à Rajagopal la mondialisation de cette marche sur les cinq continents, et un certain nombre de mouvements ont répondu à l'appel, notamment en Amérique Latine.
En France une marche de 28 jours a été organisée du Croisic vers le Trocadéro. 21 septembre, journée mondiale de la Paix, 2 octobre à Angers, journée mondiale de la Non-violence et à Paris-Trocadéro le 17 octobre journée mondiale du refus de la misère.
Toutes les femmes et les hommes de bonne volonté sont invités à prendre leur part, même petite, à ces évènements.
Des documentaires sur ces faits sont disponibles sur la page dédiée à l'association Shanti.
Plus d'un milliard de personnes souffrent de la faim
En ce XXIème siècle, plus d’un milliard d’êtres humains souffrent de la faim. Toutes les 4 secondes, une personne meurt des conséquences de la malnutrition, en majorité des enfants de moins de 5 ans. 25 % de la population mondiale consomment 85 % des richesses disponibles et, chaque année, 30 % de ressources en plus de ce que la planète peut régénérer sont utilisées.
La moitié des habitants de notre monde sont agriculteurs dont les 3/4 travaillent encore uniquement à la main. Assurer à ces paysans les conditions requises pour qu’ils puissent vivre de leur travail est l’un des enjeux majeurs d’un développement durable, pour que la violence ne soit pas la seule alternative de millions de pauvres, affamés, spoliés, corvéables et déplacés vers les bidonvilles des grandes métropoles.
La terre, l’eau, les semences, les forêts, les minerais - biens communs de l’humanité - sont accaparés par les investisseurs avec l’assentiment des États ou dans leur impuissance. Partout sur la planète, exploitations minières ou forestières, grands barrages, zones touristiques, monocultures hyper-intensives d’exportation à base d’OGM ou production d’agrocarburants remplacent les cultures vivrières. Cet accaparement des terres s’amplifie.
Parallèlement, l’afflux sur les marchés des pays du Sud de denrées alimentaires produites dans les pays riches avec d’énormes moyens mécaniques et massivement subventionnées génère une concurrence déloyale qui ruine les paysanneries locales.

Organisations signataires de la déclaration de soutien à la marche Jansatyagraha:
http://www.mujerpalabra.net/activismo/mdnmadrid/pages/articles/art_sodepaz_marzo_2003.htm
